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07.03.2010

Remise du Prix littéraire de la Scam à Jean Bofane

REMISE DU PRIX LITTERAIRE DE LA SCAM 2009

 

A JEAN INKOLI BOFANE POUR SON ROMAN « MATHEMATIQUES CONGOLAISES »

 

 

 

 

 

ALLOCUTION D’ANTOINE TSHITUNGU KONGOLO

 

 


Mon Cher Jean ,

 

Pour la troisième fois en un an,  te voilà ceint des lauriers, récompensé derechef pour ton roman, « Mathématiques congolaises ». Je m’en voudrais cependant de ne pas souligner la particularité du Prix Littéraire de la SCAM à savoir que ce dernier incarne « la reconnaissance des pairs », à mon sens, ce n’est pas une clause de style.

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07.01.2010

Matongazet ou Matonge sans clichés

Matongazet offre un espace d’expression aux habitants du quartier Matonge et à tous ceux qui ont peu ou prou des attaches avec ce quartier devenu mythique et dont la célébrité déborde les frontières de la Belgique.

Matongazet entend dévoiler dans ses rubriques les mille et un visages d’un quartier porté aux nues par les uns, vilipendé voire voué aux gémonies par les autres.

Matongazet c'est 10.000 exemplaires tous les deux mois; le magazine est gratuit.

 

 

 

 

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24.12.2009

Funestes mathématiques congolaises

Ce roman, à la trame parfaitement maîtrisée, a pour cadre Kinshasa, à l’heure des enjeux politiques majeurs, qui virent s’affronter les détenteurs du pouvoir politique jouant sur la défensive ,d’un côté, et leurs contestataires non moins déterminés ,de l’autre, les uns et les autres se révélant des stratèges, rompus aux jeux subtils et retors de l’intox ainsi que de la manipulation des foules, dans le but d’affaiblir l’adversaire et de lui ravir définitivement la mise.Le recours au meurtre, dans ce contexte tendu, est monnaie courante.
Le récit, mené tambour battant, s’ouvre sur un meeting de l’opposition rassemblant des crèves –la-faim, convaincus à coups de billets de banque, d’afficher leur ferveur devant les caméras de la télévision.
Des hommes armés surgissent et tirent sur la foule: parmi les fauchés Baestro, un jeune kinois, dont le corps ne sera pas rendu à sa famille car ceux qui ont commandité froidement ce meurtre , dans le but de discréditer leurs adversaires, veulent à tout prix brouiller les pistes et tout à la fois en tirer les bénéfices politiques et médiatiques.
Parmi les exécuteurs de basses œuvres se détache la figure de Bamba, ci-devant enfant soldat, programmé pour tuer, mais dont la personnalité, révélée par touches successives, paraît plus ambivalente somme toute, et plus humaine qu’autre chose.
S’il est, un as de la filature et des enlèvements rondement menés, qui s’achèvent par la mort
atroce des victimes, il arrive qu’il épargne sa proie de manière inattendue.
Après un rodéo digne des meilleurs polars, le meurtre de Baestro, à l’arme blanche, aux abords du fleuve Congo, où les crocodiles font ripaille de la chair des pauvres humains voués à la disparition, est brutalement suspendue : liberté est rendue à la victime sommée de garder bouche cousue et de vivre dorénavant cachée, loin de ses pénates sous peine de mort.
L’affrontement entre le camp du président d’une part , et celui de ses opposants, d’autre part, sera émaillé de meurtres, et d’un cortège de règlements de comptes en tous genres.
Quant la peur et intimidation ne l’emportent guère, c’est la corruption , sûre alliée du pouvoir dans une ville hantée par la misère , le paupérisme, s’impose comme l’argument décisif sinon imparable. Ni le chagrin, ni le sens de l’honneur ou ce qu’il en reste, ni le legs coutumier aux références brouillées sinon annihilées, rien ne lui résiste.
La Faim est un personnage sensible, tactile, qui comme un monstrueux python n’a cure de ceux qu’elle étreint dans ses anneaux de fer.
Les protagonistes de ce drame se rangent en deux camps faisant assaut de cynisme, de violence, dans un ballet de faux semblants , une succession de coups fumants, en une macabre danse de scalpels.
Du côté du président, le sieur Gonzague Tshibombo, éminence grise, assisté par Célio Matemona, est la figure dominante jusqu’à sa chute risible. Célio Matemona ,le roi des mathématiques ,qu’il habilement retourné prend la relève et s’avère encore plus manipulateur sinon génial, en embarquant tout le monde dans ses équations fumeuses.
C’est sans aucun doute le personnage le plus original, et le plus détonnant de cette galerie.
Ne détenant aucun parchemin , ex-étudiant clandestin, passionné des maths mais n’en maîtrisant que des bribes, c’est un Rastignac tropical, doué d’un culot et d’un bagout irrésistibles, décidé à se faire une place au soleil. Manipulateur, fascinant, et lui même fasciné par le pouvoir, ses ors, ses marbres, et ses prébendes.
Se dépensant sans compter pour les sans-grades, nantis de leurs seuls espoirs qui se résument en la démocratie que s’emploient à ébrécher ceux d’en haut par leurs tristes exploits, Célio à son corps défendant est aspiré dans les cercles du pouvoir.

Ponctués de scènes très dures, ce roman a l’heur de baigner dans l’humour et la dérision.Les dialogues sont d’autant plus crédibles et savoureux qu’ils font vibrer les parlures kinoises, lesquelles s’y déploient dans toute leur richesse verbale, leur potentiel d’images, de poésie et de charme communicative. S’y inscrit le génie d’un peuple prompt à en boucher un coin, à ses bourreaux les plus funestes.
C’est par Célio Matemona, qu’on est pour ainsi dire initié aux mathématiques congolaises, lesquelles consistent essentiellement à combattre les adversaires internes et externes par des coups de bluffs, des mises en scènes, où le génial ; le trivial ,le grandiose ainsi que le sordide se côtoient pour mieux donner le change.
A ce compte , un pauvre coopérant devient un terroriste afin d’empêcher la France de débattre des droits de l’homme au pays du grand fleuve dont le chef se sent lâché peu à peu.
Ce coup de maître n’est qu’un de nombreux exploits de Célio et de son chef Tshibombo.
Ce récit construit comme un polar est riche en résonances, c’est une fresque colorée et véridique du microcosme politique et des milieux d’affaires ; un coup de projecteur féroce sur les pratiques des officines internationales censées sortir les pays du sud du bourbier,mais qui l’aident en réalité à patauger dans la gadoue, la condamnant à faire du surplace.
Mais c’est aussi paradoxalement, et cela donne toute la mesure de cette œuvre ambitieuse qui a requis un travail acharné, un chant d’espoir, une ode au peuple congolais, longtemps brimé, devenu l’artisan d’une démocratie certes fragile dont l’évocation est tout juste effleuré dans l’épilogue.
Ce premier roman est un pari fictionnel réussi.
Antoine Tshitungu Kongolo

Jean Bofane Inkoli, « Mathématiques congolaises. roman », Actes Sud, collection « Aventure » dirigée par Marc de Gouvernain, 24, 32 €

09.02.2009

Mes histoires de cuisine

L

es cuisines africaines ne devraient-elles pas se décliner volontiers au pluriel plutôt qu'au singulier ?  Non qu'il faille nier le fonds commun d'un patrimoine culinaire aussi riche que diversifié mais bien au contraire pour contribuer à l'illustration de la pluralité des terrains avec leurs palettes de saveurs, d'odeurs et de couleurs.

L'utilité d'une telle entreprise s'avère pour le moins évidente sous les latitudes européennes, où le regard sur les "cuisines du monde", et pas seulement africaines, s'aiguise volontiers dès lors qu'il est aguiché par un certain exotisme. Exotisme qui affleure d'ailleurs à même la consonance étrange des noms venus d'ailleurs dont le mérite est de mettre l'eau à la bouche des consommateurs - consummateurs ! - du Nord et ses alentours.

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03.05.2008

Hommage à Aimé Césaire

Sous l’égide de l’association sans but lucratif Le Carrefour
& Le Conseil des Communautés Africaines en Europe et en Belgique (CCAEB)

Une soirée d’hommage à Aimé Césaire, véritable phare du monde noir, se tiendra le 15 mai 2008, à l’Espace Matonge, sis 78 chaussée de Wavre à 1050 Bruxelles, à partir de 19 heures.
Ouverte à tous ceux qui connaissent peu ou prou l’homme et son œuvre, cette soirée sera dédiée aux témoignages, à la lecture des poèmes de Césaire, aux multiples aspects d’un homme et d’une œuvre parmi les imposantes du vingtième siècle.

Le père de la négritude, l’auteur du mémorable « Discours sur le colonialisme », le chantre de l’Afrique et de la cause des opprimés recevra l’hommage des générations successives que sa parole et sa pensée ont modelées.
Porte-parole des opprimés, « bouche des malheurs qui n’ont point de bouche», chantre de la liberté, mémoire immense et unique du monde noir, homme du refus des compromissions,Aimé Césaire s’est illustré par des combats épiques contre la doxa coloniale, la politique de l’assimilation, les tenants de la loi sur les bienfaits de la colonisation, le racisme sous toutes ses formes, etc.

Cette soirée d’hommage à Aimé Césaire s’articulera autour des thématiques suivantes:
visages multiples d’Aimé Césaire, la négritude et ses alentours ,la mémoire nègre, Césaire et le panthéon nègre, « Le Discours sur le colonialisme », une saison au Congo ou Lumumba et l’indépendance du Congo, lire et enseigner Césaire, l’homme politique, Césaire et l’Afrique, les leçons d’une vie.

Lecture de textes par : Donatien Bakomba( comédien, directeur honoraire de l’ Institut National des Arts de Kinshasa), et Maximilien Antagana ( comédien et poète).
Modérateur : Antoine Tshitungu Kongolo
Co-organisation : Le Carrefour asbl et le CCAEB.
Pour tout contact : Antoine Tshitungu Kongolo (02 611 84 31) & H. Madinda (02 502 44 90)
Courriels : panat4000@yahoo.fr, citeafricaine@hotmail.com

18.04.2008

Aimé Césaire: un phare

Alors que l’idéologie coloniale , qu’on eût cru tombée en obsolescence ,requinquée par des historiens révisionnistes, se refait une jeunesse aux grands dams de la vérité historique et des drames qui ont jalonné la trajectoire des peuples colonisés, la lecture de l’œuvre du poète Aimé Césaire s’impose plus que jamais à tous, sa connaissance s’avère salutaire.
Précisons d’emblée que la guerre des mémoires au sujet de la colonisation qui fait rage
ces temps-ci se déroule sur fond de malentendus et non des moindres.
D’aucuns croient devoir rejeter toute repentance et se croient en droit de clamer haut et fort les bienfaits de la colonisation . Sur cette pente, glissent tous ceux qui font bon marché de la nécessité d’une lecture des faits de colonisation , débarrassée de la doxa. Le point de vue des victimes, en l’occurrence les peuples anciennement colonisés, est méprisé par ces thuriféraires de la colonisation. Sur le fonds, ils ne sont pas enclins à poser les indispensables questions méthodologiques soulevées par l’approche des réalités qui ne furent le plus souvent présentées que sous l’angle d’une propagande bien-pensante , à l’usage des habitants des métropoles coloniales.
La colonisation elle-même n’est qu’un maillon d’une longue histoire qui comprend d’autres faits tragiques comme la traite négrière notamment vers les Amériques.
Les légendes roses du colonialisme ne sont pas remises au goût du jour à tout hasard.
Il s’agit pour certains en Europe de se donner une bonne conscience et de légitimer un nouveau bail colonial en Afrique noire sous couleur de mondialisation.
L’idéologie colonialiste ,alibi de l’exploitation et de l’oppression des peuples niés dans leur culture, et méprisés en vertu des critères européo-centristes est aveuglante et incompatible avec les desseins de l’histoire en tant que telle. Une foultitude d’images d’Epinal colportées et répandues par les missionnaires comme par les gouvernements firent écran à la résistance farouche et désespérée des colonisés, aux abominations des fameux conquérants, assassins sans remords, et couvrit d’un voile les campagnes de pacification, des brutalités inouïes qui rendirent possibles la soumission des esprits et des corps.


C’est pour des raisons d’exploitation économique, dans un dessein impérialiste, que la colonisation fut entreprise et mise en place. Par bien d’aspects, elle fut le lieu d’expérimentation des méthodes totalitaires les plus brutales que les civilisés ou prétendus tels allaient expérimenter en Europe même. A en croire les hérauts du colonialisme, les
peuples noirs n’avaient ni histoire ni culture ; leurs religions : un tas de superstitions ;et leurs mœurs : barbarie. Dès lors le devoir incombait à l’Europe de les sortir des ténèbres du paganisme , de leur révéler le vrai Dieu , et leur apporter les lumières de la Civilisation !
Cette vulgate au service d’un ordre dominant à essuyé les critiques suscita un discours anti-colonial virulent auquel devait donner ses lettres de noblesse dans son essai « Discours sur le colonialisme ».
Agrégé de lettres, député au parlement français, chantre et co-inventeur de la Négritude,
poète de génie, Aimé Césaire aura été le pourfendeur patenté de la bien-pensance coloniale et
des courants de pensée épigones dont le fameux discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy est une émanation.
Aimé Césaire, lui, s’en prend à la légende rose de la colonisation , et aux mythologies complaisantes de la mission civilisatrice. Il dresse l’inventaire des drames et les met en balance avec les supposés bienfaits que sont la construction des routes et des chemins de fer….métaphores emblématiques et inusables !


Son œuvre constitue une plongée dans une mémoire ainsi qu’une histoire niées , tronquées.
Cette mémoire commune aux peuples noire, fruit d’une longue histoire a ses hauts faits ses héros dont l’historiographie en Europe n’ eut cure.
Comme contribution à l’histoire , il a signé un essai sur Toussaint Louverture. Haïti n ‘a cessé de hanter son imaginaire.
Le fait noir nié par la bourgeoisie mulâtre des Antilles dont il est issu est réhabilité et investi comme pôle majeure de l’imaginaire collectif par Césaire, lequel se réclame du monde noir dans sa totalité, et au-delà, le chantre des damnés de la terre, de tous les opprimés.
La résonance de son oeuvre et son influence sont considérables : en France pourtant, la poésie de cet agrégé de lettres , surtout à droite, sent le soufre ; en Afrique noire ses poèmes font partie des manuels scolaires et références de l’intelligentsia. Ils ont nourri de leur verbe incandescent, de leur phrasé incantatoire et de leur richesse d’images des générations successives d’intellectuels et d’écrivains.
« Je suis la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche » a-t-il assené. Ce vers tiré de Cahier d’un retour au pays natal a servi de credo et justifié consciemment ou inconsciemment bien de carrières de poètes. Sa geste poétique relève du marronnisme. S’engouffrant dans la brèche de Price-Mars , il rejette la tentation des mimétismes futiles et affligeants qui eurent des beaux jours aux Antilles. Il tourne définitivement la page des provincialismes et des bovarysmes littéraires qui prédominèrent dans les « Antilles heureuses ». La parodie lui permet de se démarquer des langages appris pour mieux fustiger le mensonge, la manipulation. Figure de proue de l’anticolonialisme de l’après-guerre, Césaire a rendu au poète une audience qu’il avait perdu au vingtième siècle, tout en conjuguant un verbe exigeant et une éthique foncièrement anti-raciale.
C’est le poète le plus cité spontanément par les écrivains du monde noir, ce qui est un paradoxe vu la difficulté même de ses poèmes truffées de mots rares , brisant la syntaxe et libérant le langage du corset des conventions et des arts poétiques un tantinet desséchés….
Il a une vision quasi prophétique de la mission du poète : lui même aura donné un bel exemple de l’alliance de la poésie et de l’action.

Les discours racistes sont à nouveau proférés sans qu’il en coûte à leurs auteurs qui se recrutent dans les rouages de l’Etat et même au plus haut niveau.
Leurs assertions douteuses dont le discours de Dakar est un exemple parmi d’autres sont le symptôme d’une fuite en avant des responsables politiques de l’Europe. Il s’agit de pseudo-justifications face aux malheurs du continent africain demeuré sous leur contrôle économique, politique, et social malgré les indépendances octroyées. C’est pour se déresponsabiliser d’avoir parrainé des dictatures, d’avoir cautionné , alimenté les évangiles sanglantes du tribalisme, d’avoir dupé le continent avec des programmes d’assistance qui ont accru la dépendance des pupilles, d’avoir fomenté un interventionnisme au service des marchands de canon sur le continent noir que certains dirigeants européens avec témérité tentent de s’auto-absoudre et de se présenter en chevaliers blancs. Quand on a refusé à des peuples la possibilité de s’inventer leur propre destin, est-on en droit de donner de leçons.
Leurs interlocuteurs , eux, n’ont pas oublié ; et si cela est , c’est grâce à des hommes comme Césaire. Nourri du meilleur de l’Occident, imprégné de la littérature française et européenne,
Césaire a pris le parti des bâillonnés pour dire ,dans la langue de l’oppresseur, la révolte du monde noir, la fierté d’appartenir à une race noire vouée aux gémonies.
Par-delà, ce poète de génie a contribuer a redonner du lustre au poète alors que d’autres genres à l’instar du roman ont la prééminence sur le marché littéraire sans que la qualité des textes en soient une justification.
Sa poésie de haute facture réhabilite le verbe et donne au mot une place et une résonance inouïes.
Césaire est un phare, une proue, un mât, un promontoire, une boussole pour notre monde dominé par les marchands de tout acabit, mués en prophètes qui escomptent notre chosification (vocable inventé par le poète martiniquais) définitive tout en nous promettant des paradis illusoires.


Antoine Tshitungu Kongolo

Ecrivain

08.10.2007

Les funérailles de Lumumba

Le Studio Théâtre de La Louvière présente :

 

 

 

 

 

LES FUNERAILLES DE MONSIEUR LUMUMBA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de Jean LEROY

 

 

 

 

 

Il y a quelques années, une Commission parlementaire a reconnu l'implication de la Belgique dans l'assassinat, en janvier 1961, de Patrice LUMUMBA, Premier Ministre démocratiquement élu de la République du Congo. Mais presque un demi-siècle après l'indépendance de l'ancienne colonie, et malgré les conclusions des experts, les rapports entre Noirs et Blancs ont-ils véritablement changé ? Une relation d'égal à égal peut-elle enfin se construire sur les cendres du passé ? Une femme et un homme vont tenter ce pari, célébrant au bord d'une tombe vide ces funérailles que l'histoire a toujours refusées à Patrice LUMUMBA...

 

 

 

 

 

 

 

Représentations : mardi 6, jeudi 8, vendredi 9 novembre à 20h00 et dimanche 11    novembre à 16h00

 

 

 

Salle :                   Centre Dramatique de Wallonie pour l'Enfance et la Jeunesse

 

rue des Canadiens, 83 à Strépy-Bracquegnies

 

(suivre « Centre sportif »)

 

 

 

Réservation :        Centre culturel régional du Centre (064/21.51.21)

 

 

 

Texte :                   Editions du Cerisier (novembre 2007)

 

                              préface d’Antoine Tshitungu Kongolo

 

04.06.2007

Pharaons noirs:Une exposition inédite au Musée de Mariemont

 

Cette exposition (visible au Musée royal de Mariemont jusqu’au 2 septembre 2007) s’emploie à éclairer et à illustrer les liens multiples et ambivalents entre l’Egypte ancienne et la Nubie à la lumière des découvertes archéologiques dont le champ embrasse cinq millénaires

 d’histoire, depuis l’âge de la pierre jusqu’à nos jours.

La provenance des pièces archéologiques rassemblées est diverse et témoigne tant de la richesse des collections publiques et privées que de l’intensité et de la fécondité de la coopération internationale en la matière.

Que furent les relations entre le Pays de Koush et l’Egypte pharaonique ?

Au point de vue géographique, le trait d’union n’est autre que la vallée du Nil sillonnée par des multiples tracés dont la mythique piste de Quarante jours. A la fois voie commerciale et instrument de conquête militaire, elle facilite et conditionne les échanges tous azimuts ainsi que la compénétration entre les Egypte et Nubie. Les rapports entre ces deux pays se conjuguent volontiers sur le mode de la rivalité et de la connivence.

Les objets réunis pour cette exposition dialoguent au gré de la trame chronologique et constituent, en même temps, des jalons précieux le long de la route de quarante jours. La vallée du Nil se revèle être un foyer des civilisations depuis la plus haute antiquité. Par rapport au thème annoncé dans l’intitulé, l’exposition apporte des réponses crédibles, étayées par des matériaux archéologiques, des sources historiques et des références chronologiques cohérentes.Toutefois, il semble que les relations entre Egypte et Nubie, à la lumière des recherches récentes, soient plus complexes que ce que l’exposition donne à lire et à comprendre, en dépit de sa richesse et de sa cohérence.

S’agit-il de deux entités totalement distinctes qui s’influencent mutuellement ou d’une civilisation commune ? Il y a t-il continuité ou rupture entre l’Egypte et la Nubie ?

Au détour de certaines phrases, cette coupure est présentée comme une évidence : « Dès cette époque, les Nubiens développent une civilisation originale dont la culture africaine se teinte de l’influence de son puissant voisin égyptien. »

N’est-ce pas une façon d’affirmer que la Nubie est africaine et pas l’Egypte ?

De surcroît, l’on peut déplorer que l’influence de la Nubie sur l’Egypte soit insuffisamment prise en compte.

La question des liens entre Egypte et Nubie travaille est le moteur des recherches imposantes qui ont considérablement enrichie la connaissance de civilisations antiques. Des historiens africains ont été les chevilles manœuvrières des hypothèses audacieuses et des apports historiographiques qui ont suscité des débats.Cheik Anta Diop s’est attelé à démontrer la parenté de la langue des Egyptiens anciens et celles parlées aujourd’hui en Afrique Noire.La civilisation égyptienne est pour lui la mère, le foyer historique et culturel de l’Afrique.Il remet en question la coupure entre l’Egypte pharaonique et le reste de l’Afrique Noire.Il affirme la continuité historique et culturel entre les Anciens égyptiens et les noirs de l’Afrique.Son approche suscite débats et réticences dans certains milieux ; par contre l’intelligentsia africaine y est acquise et en fait le fer de lance d’une véritable réfondation identitaire. Des jeunes issus de l’immigration, échaudés par les discriminations à caractère racial, se montrent de plus en plus sensibles à ce discours. En témoigne l’impact de nombreuses associations oeuvrant à la diffusion de la pensée du Sénégalais Cheik Anta Diop.

Il est dommage que le discours d’escorte de cette exposition ( le livret de présentation) comme son contenu ( les commentaires affichés sur les panneaux) soit resté muet, à force de circonspection, tant sur l’approche défendue par Cheik Anta Diop que sur le débat qu’elle a sucité. La thèse du professeur sénégalais a le mérite de faire bouger les frontières, et de bousculer tant d’idées imprégnées de préjugés.Au nom du pluralisme du discours sur l’Egypte et des tentatives africaines pour établir une continuité entre l’Egypte pharaonique et l’Afrique Noire, il eût été utile de faire écho à l’œuvre de Cheik Anta Diop.

L’Europe et l’Afrique peuvent-elles avoir la même vision de l’Egypte et de la Nubie ?Les enjeux d’un tel débat dépassent le cas de ces pharaons noirs de la vingt cinquième dynastie dont l’exposition rend compte avec rigueur.Mais sont-ils les seuls ?Un étudiant de l’ULB m’a interpellé avec un zeste d’humour : « Si ces paraons là ont été des noirs et tous les autres alors ? Des Martiens peut-être ? »

La notice portant sur l’écriture méroïtique n’est pas assez explicite quant aux enjeux du déchiffrement de celle-ci.L’écriture méroïtique reste un mystère faute de connaissance de la langue. Le décodage permettrait de connaître la version nubienne des évènements qui ont jalonné ses relations entre Nubie et Egypte au cours du temps.Elle devrait enrichir considérablement l’histoire très riche de la vallée du Nil. De cerner l’histoire des populations vivant plus au sud de la Nubie notamment sur les pourtours de la forêt équatoriale.D’entreprendre une comparaison linguistique rigoureuse des langues nubienne et égyptienne afin de jauger  les influences réciproques entre Nubie et Egypte dans leurs multiples dimensions.Au surplus, l’étude des langues actuellement parlées dans ce qui fut le Pays de Koush bénéficierait d’éclairages précieux quant à leur origine et à leur évolution.Pour ainsi dire, le déchiffrement de l’écriture méroïtique attend sa pierre de rosette.

Du pôle égyptien au pôle nubien,les relations se sont conjuguées sur le mode de la rivalité , l'échange, la domination, lacrainte ou la fascination comme le suggère à juste titre l’exposition.Le déchiffrement de l’écriture méroïtique constitue dès lors un enjeu majeur qui devrait permettre de mieux appréhender les liens entre l’Egypte et la Nubie dans leur complexité.En effet, les pharaons de la XXV° dynastie ne sont qu’une illustration de ce qui apparaît dans certains ouvrages récents comme une véritable compénétration.

L’important travail du chercheur sénégalais  Babacar SALL, « Racines éthiopiennes de l’Egypte ancienne » ouvre de perspectives passionnantes sur les relations entre l’Egypte et la Nubie (l’Ethiopie des Anciens) :« Il y a aussi loin que l’on remonte le temps , l’Afrique apparaît comme une terre de migrations et l’Egypte comme un finistère à l’angle Nord-est du continent.pour HERODOTE, l’Egypte est aux confins de la Lybie (Afrique) et de l’Asie(II,17).Cette position faisant de l’Egypte un creuset .Aussi Memphis ne pouvait pas ne pas devenir au cours du temps , une ville grande et populeuse, avec plusieurs races d’hommes (STRABON, XVII,1,24).C’est par ce fil que nous cherchons à cerner les apports extérieurs même si pour l’essentiel , la civilisation ne se comprend qu’en relation avec l’ambiance de la basse vallée du Nil et du fleuve lui-même. »(L’Harmattan/Khepesa, p19)

Babacar Sall signale,  entre autres faits, que pour les Egyptiens le plus important des points cardinaux était le Sud comme pour marquer l’importance symbolique de la Nubie.Celle-ci fut-elle le creuset originel de la civilisation égyptienne ? La Nubie tant au point de vue archéologique et historique est un pays clé pour comprendre l’histoire de l’Afrique depuis la plus haute antiquité. Les noms dont on s’est servi pour désigner cette terre (Nubie a pour racine racine « noub » qui signifie or) à différentes époques sont en eux-mêmes pleins d’enseignements : le Pays de Koush des Egyptiens verra sa capitale transférée à Napata puis à Meroë. C’est le pays des fameuses Cadences qui donneront du fil à retordre aux Romains notamment.L’histoire de la Nubie est à lire aussi dans sa continuité, le royaume d’Axoum, préfiguration de l’Ethiopie moderne en est une émanation.

Rappelons au passage ( nous ne pouvons aborder cette question complexe dans ce compte- rendu)  que la thèse de la parenté entre l’Egypte antique est l’Afrique Noire avait commencé à séduire un certain nombre d’ intellectuels noirs qui, dans la période de l’entre-deux-guerres,  militaient en faveur de l’autonomie politique de l’Afrique et contre le racisme colonial ainsi que ses avatars.L’on en retrouve des traces dans leurs écrits ainsi que leurs prises positions.Le Congolais Paul Panda Farnana en est un exemple.Ses propos au sujet de l’Egypte méritent mention :"L’art nègre a toujours exercé et exerce une influence sur l’esthétique moderne,  notamment dans la littérature (Dumas,  Maran,  etc.) dans la peinture et la sculpture. Je dis: toujours exercé,  parce que les études d’Elisée Reclus le prouvent ; il suffit de consulter"La géographie universelle",  où il affirme ceci:"Il est certain que la civilisation est bien d’origine africaine. Des maquettes et des peintures que M. le professeur Capart commente et explique si clairement montrent des vassaux sous des pharaons ayant des traits soudanais et congolais".(Extrait de la réponse de Paul Panda à une enquête de La Renaissance d’Occident, no1 janvier 1930,  numéro spécial sur le Congo ).

C’est le professeur Cheik Anta Diop qui va donner des nouvelles impulsions à ce mouvement de la renaissance nègre en posant l’hypothèse de la parenté entre l’Egypte ancienne et l’Afrique noire.

Parmi les joyaux à découvrir dans les vitrines,  l’oushebti du roi Taharqa ( 690-664 av. J.-C.), porteur des insignes royaux à savoir la barbe, un cobra femelle et le khât, une coiffe enveloppante. A savoir que l’oushebeti est un objet qui accompagne le défunt dans sa sépulture.Il représente un personnage momiforme qui porte des outils aratoires, deux houes et deux sacs de semences sur les épaules.

Antoine Tshitungu Kongolo